EMIL ZÁTOPEK

EMIL ZÁTOPEK

Une citation

C’est bien longtemps après avoir commencé la course à pied que j’ai découvert cette citation : « Si tu veux courir, cours un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon ». Elle est de Emil Zátopek surnommé « La Locomotive tchèque », « Le Tchèque bondissant ». Il n’est pas inutile d’avoir un peu de recul pour apprécier la véracité de ses propos. En effet, c’est en regardant en arrière que l’on s’aperçoit à quel point se fixer un objectif élevé modifie ses habitudes… pour peu qu’on se donne les moyens de ses ambitions. Ce sont tous les aspects d’une vie qui peuvent être impactés voire transformés dès lors que l’on met sa volonté à l’épreuve au quotidien. Et ce ne sont pas les obstacles qui manquent quand on veut faire preuve de « rigueur, régularité et persévérance ». N’étant pas différent de mes « congénères » coureurs, je ne suis bien sûr pas à l’abri de pareils écueils… Eh oui, changer de vie ne se fait pas sans difficulté 🙂

Emil Zátopek en 1951 *

* Roger Rössing & Renate Rössing / Deutsche Fotothek. La photo a été recadrée et une citation a été ajoutée. (CC BY-SA 3.0 DE) Partage dans les mêmes conditions.

Une voie à suivre

Comme souvent, ce n’est qu’après avoir réalisé un gros effort que l’on se rend compte de la tâche accomplie. Et ce n’est qu’a posteriori que l’on comprend que l’on peut toujours en faire plus que ce dont on se croit capable. Cela me rappelle la célèbre phrase de Tigibus : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu ». Je me dis que c’est très bien ainsi de ne pas connaître par avance toutes les difficultés qui nous attendent car, juste par peur de ne pas pouvoir les affronter, on se priverait alors de beaucoup de plaisirs. La difficulté ne signifiant pas forcément le déplaisir, bien au contraire, il faut même parfois savoir aller à sa rencontre. Il faut saisir toutes les opportunités qui se présentent de tester sa ténacité et sa résistance. Attention, je ne sous-entends pas que les coureurs sont masochistes 🙂 Ce qui compte, à la fin de l’histoire, c’est de pouvoir dire que ça valait la peine de le faire.

Changer de vie ?

Concrètement, que va changer dans une vie l’envie de courir un marathon ou un ultra-trail (pour se mettre au goût du jour) ? C’est une évidence, tout dépend de l’état de sédentarité et des habitudes du prétendant au changement… Un objectif de cette nature ne peut pas être une lubie et nécessite une préparation sur une longue période. Les répercussions d’un tel investissement se feront sentir d’abord dans la vie de tous les jours. La liste ci-dessous n’est ni exhaustive ni classée dans un ordre particulier.

  • Emploi du temps : La question du volume horaire que l’on souhaite consacrer à son entraînement n’est pas à négliger. Il faut à la fois un nombre d’heures suffisant mais également de la régularité. C’est parfois une vraie complication d’ajouter dans un emploi du temps, déjà bien tendu par la vie professionnelle et familiale, ses séances de course. Heureusement, il arrive que le contraire se produise ; c’est la sortie inopinée qui vient bousculer un peu l’organisation laborieusement planifiée… Il faut quand même rester vigilant car, avec les meilleures intentions, il peut vite se passer une semaine sans être aller courir. En fait, il ne faut pas rater une occasion : tôt le matin, tard le soir mais il faut y aller. C’est presque le premier défi à relever ; celui de la constance ! Dès qu’une sortie est finie, il faut vite penser à la suivante. Quelle intrusion dans la vie quotidienne 🙂 Personnellement, si je parviens à courir 10 à 12 fois par mois je suis satisfait.
  • Alimentation / nutrition : Je n’ai absolument aucune compétence dans ce domaine et, à vrai dire, ce n’est pas un sujet de préoccupation. Cependant, sous prétexte de pratiquer une activité physique régulière et relativement intensive, il n’est pas question de se laisser aller à tous les excès. S’il doit y avoir un changement dans ses habitudes c’est plus dans la modération que dans la privation. Il est hors de question d’éliminer les petits plaisirs culinaires et conviviaux ou les friandises. Néanmoins, se lancer dans l’aventure de la course de longue distance peut être l’occasion de se pencher sur son alimentation et de l’adapter à ses ambitions sportives. Telle que je la conçois, la course à pied ne doit pas être perçue comme une source de contrainte. Cela dit, il est quand même judicieux d’éviter les bons repas à la veille d’une épreuve…
  • Sommeil : Malgré nos différences, nous avons tous besoin de reprendre des forces. Avec les jours de repos, le sommeil fait partie intégrante de la stratégie de récupération. Délaisser les bras de Morphée s’avère une mauvaise idée si l’on veut maintenir l’entraînement dans le temps. Il sera donc nécessaire d’accorder au sommeil la place qui lui revient ; ce n’est pas du temps de perdu. Cela peut paraître incongru dans notre époque d’ultra-productivisme mais c’est le corps qui est aux manettes et qui commande ; il faut donc savoir lui céder. Celui qui croit pouvoir forcer les choses se mettra en danger avec un risque accru de blessures et d’accidents. Voilà déjà une première leçon d’humilité…
  • Persévérance : Les sirènes de la facilité ne tardent jamais à se faire entendre. Mais nous ne sommes pas des athlètes de haut niveau et s’imposer une discipline trop rigoureuse ne serait pas pertinent. S’il ne faut pas se sentir coupable d’un petit relâchement ou d’une baisse de motivation, il faut cependant garder le cap bien en vue. Donc, il n’y a rien de tel que de définir ce cap… CQFD ! Pour moi, c’est LA course de l’année, celle pour laquelle je prends plaisir à penser régulièrement, celle dont j’ai étudié le parcours, celle dont je lis et j’écoute les récits d’autres participants, celle sur laquelle je me projette et je me vois passer la ligne d’arrivée. C’est ce but, cet objectif concret, que je vise au quotidien pour conserver l’élan nécessaire. Mais d’autres, et je le fais dans une moindre mesure, peuvent se focaliser sur leurs statistiques (cumul kilométrique ou en dénivelé, nombre de sorties, …) ; tout est bon pour rester dans le rythme 🙂
  • Où courir ? C’est la question que l’on ne peut éviter de se poser. Le confinement de mars 2020 en a donné un bon exemple. En effet, il faut faire preuve d’une bonne dose d’imagination quand on a qu’une heure et un rayon d’un kilomètre. Dans un mode de fonctionnement normal, en plus de prévenir la monotonie et la routine, le changement régulier voire systématique de parcours permet de varier les profils et d’adapter l’effort à sa condition du moment. Combien de fois suis-je parti presque à reculons pour, finalement, retrouver l’énergie après quelques kilomètres plus ou moins difficiles ? Pour cette problématique, les conditions de choix sont radicalement différentes entre un « citadin » et un « rural ». Je pense que le second est nettement favorisé. D’un côté, il y a le bitume et la pollution (en tant qu’ancien parisien, je sais de quoi je parle…) et de l’autre il n’y a qu’à partir dans une direction ou dans une autre et suivre son inspiration au gré des chemins que l’on croise. Pour les moins bien lotis, il faudra faire avec cette constatation 🙁 choisir les heures les plus favorables, user du tapis et s’éloigner de la ville le plus souvent possible… Voilà un vrai casse-tête à résoudre au quotidien !

Les coureurs de fond des temps modernes doivent jongler avec de multiples impératifs matériels et organisationnels. Il faut donc trouver des solutions pour s’entraîner régulièrement ; ce sont autant de petites victoires du quotidien. Mais au-delà de ces succès, somme toute ordinaires, s’opèrent des changements bien plus marquants qui contrebalancent toutes les difficultés. Ils sont personnels ; ils constituent une récompense plus importante qu’un trophée ou qu’une médaille. Ils sont discrets ; ils forment la partie immergée de l’iceberg. Après de nombreuses années passées à affronter toutes sortes d’épreuves, le corps peut endurer davantage de contraintes et le mental s’est endurci. J’imagine que les expériences vécues par les coureurs sont, à peu de chose près, pour la plupart, assez similaires et qu’on en tire tous sensiblement les mêmes enseignements avec le même genre d’influence. Pour illustrer ces propos, je fais appel à mes propres expériences et souvenirs :

  • Résistance aux intempéries, à la rigueur du climat – Je n’ai pas besoin de fournir un gros effort pour me replonger dans l’un ou l’autre de ces moments de galère où je me suis demandé ce qui m’avait poussé à m’y trouver. Vu le nombre d’exemples en tous genres, ce ne doit pas être le fruit du hasard mais plus un penchant personnel, un tempérament propice à se lancer des défis. À moins que ce ne soit la répétition et l’accumulation de situations difficiles qui aient développé cette tendance à m’embarquer vers des destinations où l’on met sa raison un peu de côté. Ou alors, toutes proportions gardées, le fan de Bear Grylls que je suis a trop regardé la série « Man vs. Wild » 🙂 Bref… Quoi qu’il en soit, je suis sûr que nous sommes nombreux à ne pas bouder notre plaisir lorsque les conditions deviennent rudes même si, sur le moment, on peste un peu… mais personne n’est là pour nous entendre ! Et ce ne sont pas les régions de France qui manquent pour s’y confronter ; il suffit même, souvent, de rester près de chez soi.
    • Qui, sous nos latitudes, n’a pas ressenti les effets du froid ? De la petite fraîcheur jusqu’au froid intense, de la sensation revigorante jusqu’à la douleur vive, l’impact des basses températures sur l’organisme va du plus bénin au plus dangereux. Je ne m’exprime qu’au sujet de ce que je connais et je n’ai jamais eu la malchance de subir les conséquences les plus tragiques du froid. Cependant, j’ai souvent eu l’occasion de tester, de façon superficielle, ses répercutions autant physiologiques que psychologiques ; parfois en étant suffisamment préparé, d’autres fois en ne pouvant faire autrement que subir. Quand on part sous la pluie ou la neige et que le froid est déjà bien installé, même si l’on sait à quoi s’attendre et que l’on s’équipe en conséquence, après un temps variable, il arrive forcément un moment où les vêtements n’offrent plus une protection suffisante lorsque l’eau parvient à s’infiltrer. Dans ces conditions, il n’y a pas cinquante choses à faire sinon continuer à courir pour maintenir une bonne température corporelle. La lutte est inégale et l’on connait d’avance le vainqueur… Le temps est compté et il faut alors rejoindre un abri au plus vite. J’ai supporté les conditions les plus glaciales sous un ciel parfaitement dégagé ; en effet, dans ses assauts, le froid peut compter sur l’aide de ses complices que sont le vent et l’humidité. Quand ils entrent en jeu, sans crier gare, au détour d’un chemin ou d’un changement de versant, la balade agréable peut se transformer en calvaire. Il est préférable d’avoir prévu le nécessaire pour se protéger… Mais, on peut très bien avoir mal anticipé cette évolution ou, pour une question de poids du sac, fait un mauvais compromis. Dans ce cas, des moments difficiles sont à prévoir ; tout dépendra du seuil de tolérance au froid et de la distance à parcourir pour se mettre au chaud. Le menu est on ne peut plus réjouissant 🙂 Soit vous savez ce dont il est question, soit il vous reste à découvrir les douleurs, picotements et engourdissement des extrémités ou encore, lorsqu’on progresse dans l’obscurité, cet état de somnolence qui rend toute décision plus longue à mettre en œuvre. Je n’évoque pas les engelures, les gelures et les situations d’hypothermie car je n’en suis jamais arrivé à ce point. En hiver, j’ai toujours évolué dans des environnements que je connais très bien. Pourtant, cela ne m’a pas empêché de vivre quelques périodes d’incertitude.
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2 commentaires

Cette citation de Emil Zátopek a complètement changé ma vision de la course à pied. Pour moi, c’était une activité rébarbative et maintenant je ne pourrais pas me passer de courir.

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