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COURIR UN TRAIL AVEC UN STRAPPING  ?

Trail et Blessures 20 août 2012 Daniel, ostéopathe du sport 0

Remarque primordiale avant répondre à cette bonne question : ne pas confondre « strapping » et « K-Taping » : nous dirons quelques mots sur cette seconde dénomination en fin d’article !

La problématique peut se résumer en une simple question : porter un strapping pour disputer une compétition est-il une bonne décision ?
Pourquoi un strapping ?



Pourquoi un strapping ?

On met en place ce moyen de contention pour servir d’adjuvant thérapeutique dans les suites d’une lésion articulaire le plus souvent (entorse bénigne ou moyenne, instabilité résiduelle, douleur ligamentaires traînantes, etc…), ou d’une pathologie musculaire ou tendineuse (« claquage », élongation sans rupture fibrillaire, contracture, etc…).
Il permet une relative stabilisation articulaire dans les premiers cas, une contention dans les seconds. Constitué de bandes adhésives élastiques (Elastoplaste TM) , il est (ou devrait être…) complété par l’adjonction d’adhésifs inextensibles (Strappal TM) qui permettent de limiter ou empêcher telle amplitude articulaire (lésion ligamentaire sérieuse dont il faut prévenir les récidives et/ou aggravations) ou tel étirement musculaire qui pourrait facilement s’aggraver.

On le vit, la présence d’un strapping est souvent utilisée, non comme un traitement direct en soi, bien sûr, mais comme un élément préventif pour l’avenir du squelette précédemment blessé… Son utilisation est donc une indication médicale qui présente, à ce titre, l’éternelle coexistence d’avantages (indications) et d’inconvénients (limites de tolérance, donc éventuellement précautions d’emploi pour ne pas dire… contre-indications d’activités liées à sa présence).

Peut-on courir en compétition avec un strapping ?

Là encore, cette question peut se subdiviser en deux réflexions :

  • La lésion traitée est-elle compatible avec une course ?

C’est au médecin ou au thérapeute physique (kiné, ostéo) qu’il convient de se prononcer. Sans entrer en polémique, très souvent la réponse à cette question pertinente du patient se résume à une réponse floue, pour ne pas dire ambiguë, du genre « Ce n’est pas forcément raisonnable, mais vous pouvez prendre le départ, et vous arrêtez bien sur si cela ne va pas…). En espérant que l’on ne revienne pas à la case départ, voire que l’on… ne passe pas à cette occasion la main au chirurgien, par exemple !…

Nous savons tous que ce genre de conseil équivaut chez un compétiteur à lui permettre de se lancer ,« puisqu’on ne lui a pas dit non » !!…

  • Le fait de courir avec un strapping étant « possible », est-il pour autant raisonnable ?

Clairement, les arguments suivants vont apporter une réponse plutôt logique :
– La contention, comme l’indique son nom sans ambiguïté, vise à limiter certaines composantes du geste, avec les risque que cela comporte (compensations de ces limitations, et sensations négatives qui en découlent y compris sur d’autres régions corporelles (bassin, dos…)

– Le risque de son décollage n’est pas exclu (transpiration + mouvements) d’autant plus qu’il comporte des éléments inextensibles : ), On revient dans ce cas à la case départ… avec une lésion qui n’est plus protégée du tout !!!… Histoire d’une catastrophe annoncée…

– Encore plus pernicieux, le strapping va évidemment contribuer à réduire au moins un certain nombre de signes d’alarme : ne pas sentir son articulation véritablement instable, ni son muscle commencer à demander grâce, etc…, sont autant de facteurs de risques pouvant conduire inéluctablement au sur-accident

A la lecture de cet argumentaire, non pas catastrophiste, mais simplement logique et objectif, la réponse d’un professionnel de santé responsable doit être soit :

– « Votre lésion est guérie ou tout au moins compatible avec la compétition prévue : OUI vous pouvez courir mais SANS STRAPPING et au mieux de l’observation de vos sensations. »
Bien sûr, le risque existe, mais il faut avoir le sérieux de pratiquer une évaluation objective des possibilités fonctionnelles du sportif et non pas se retrancher derrière des approximations et des permissions dignes de la Française des Jeux ou du Roi Salomon !! Moyennant quoi le risque encouru est largement mesuré, et je préfère personnellement délivrer un conseil objectif avec ses risques, plutôt que de coller une rustine qu’il sera facile après de rendre responsable de la sur-lésion en « regrettant » que le sportif… en ait fait évidemment trop !!….

– « Votre lésion est encore à un stade évolutif qui vous permet une reprise sportive mesurée, progressive, soit… mais pas encore une compétition où les hormones vont vous faire dépasser à tous les coups les limites autorisées actuellement… Version courte : STRAPPING OUI, COURSE NON !

On perd de vue qu’une compétition, surtout dans notre sport, peut durer plusieurs heures, donner lieu à des milliers de mouvements répétitifs, et que cette différence fondamentale avec un petit entraînement de reprise, peut être à l’origine de complications parfois redoutables au niveau circulatoire (effet garrot en cas d’œdème fréquent, même avec des vêtements de compression, frottements tendineux pour la même raison, etc…) : ce n’est pas négligeable et malheureusement jamais pris en compte !

Et encore, en complément de ce qui précède et dans un but d’apaisement général, je ne dirais volontairement rien des strappings posés « à l’arrache » par un entourage supposé bienveillant ou par le sportif lui-même, qui n’en ont que l’appellation, et sont au mieux inutiles, parfois dangereux (trop serrés, mal positionnés sur des structures anatomiques problématiques, etc…).
En conclusion, je pense à cette jeune athlète qui avait pris le départ d’un marathon, quelques mètres devant moi : elle portait une contention à la cheville, facilement identifiable comme « protégeant » une tendinopathie d’Achille. Je ne peux pas affirmer bien sûr qu’un confrère l’avait autorisée à prendre le départ d’une telle course avec une telle lésion, même en bonne voie… Elle a dû, dans l’affirmative, lui en vouloir beaucoup quand je l’ai aperçue une dizaine de kilomètres plus loin, à peine, attendant l’assistance médicale sur le bord du parcours, regardant tristement son tendon rompu… A moins d’être inconsciente, si on le lui avait déconseillé en lui laissant détaillant les risques encourus, elle n’en aurait certainement pas été là…

Chacun ses responsabilités, et le sport sera mieux pratiqué !…
NOTE : Vous verrez certainement des sujets courir (et souvent très bien d’ailleurs, c’est le but !) en arborant de jolies bandes élastiques aux coloris flashy ici ou là (la question nous a d’ailleurs été largement posée à l’occasion de la retransmission des J.O.de Londres). Je l’ai déjà dit, ce ne sont absolument pas des « strappings », mais des « K-Tapings » qui n’ont qu’un très lointain rapport : ce ne sont pas des contentions, mais avant tout des éléments à visée thérapeutique, à composante microcirculatoire veino-lymphatique et également réflexe et proprioceptive… Ne pas confondre (et n’injurier personne dans ces cas-là !)…

© Daniel Dubois – Ostéopathe du Sport – 2012



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